La hiérarchisation des styles de jeu en ligue 1

Je profite de la trêve internationale pour communiquer un travail de clusterisation permettant de classifier les équipes de ligue 1 selon leur style de jeu.

Pour hiérarchiser les résultats, j’ai utilisé un dendrogramme qui permet d’identifier les groupes homogènes au sein d’un groupe de données.

Inspiré par Cheuk Hei Ho qui a réalisé ce travail pour la MLS et la Série A, j’ai retenu 16 critères :

  • le nombre  de passes au cours d’un match
  • la possession
  • le nombre de passes par possession
  • le nombre de passes longues par possession
  • le nombre de passes courtes par possession
  • le nombre de duels aériens par possession
  • le nombre de dribbles par possession
  • le nombre d’actions défensives par possession
  • le % de passes longues
  • le nombre d’actions défensives
  • le temps de possession
  • la fréquences de tirs
  • le taux de passes longues réussies
  • le taux de passes courtes réussies
  • le taux de réussite au dribble
  • le taux de réussite pour les duels aériens

J’ai utilisé la méthode de standardisation z score (nombre d’écarts types séparant un résultat de la moyenne).

Ce classement a ses limites. Nantes et Monaco ont changé d’entraîneur récemment et le style de jeu proposé n’est plus le même qu’auparavant. Néanmoins, ce travail permet de  confirmer et infirmer certains attendus.

Après 10 journées, la hiérarchisation était la suivante :

Hierarchisation des styles de jeu J10Après 10 journées, le style de jeu de Caen étaient proche du jeu proposé par Nîmes ou encore Reims

Après 13 journées :

Hierarchisation des styles de jeu J13

4 matchs plus tard, Caen est toujours proche du jeu proposé par Nîmes et Reims mais il s’en est légèrement éloigné. Guingamp, en revanche se retrouve désormais dans le même cluster que ces derniers.

Pour le reste, je vous laisse interpréter ce qui peut être interprétable !

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Le profil d’Erwin Zelazny

Erwin Zelazny est la première recrue caennaise de cet été 2018.

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Agé de 26 ans et issu du centre de formation du FC Nantes où il n’a jamais pu s’imposer, Zelazny s’est révélé sur le tard puisque c’est seulement depuis janvier qu’il a pu montrer tout son savoir faire en poussant sur la banc Mamadou Samassa. Il a ainsi enchaîné 17 matchs de ligue 1, une première pour lui, mais sans pour autant permettre à Troyes d’éviter la relégation.

Arrivé en juillet 2016, il n’avait participé qu’à une seule rencontre lors de la saison de la (re)montée des troyens en ligue 1. Après une énième défaite face à Angers, il est propulsé titulaire pour la réception de Lille le le 20 janvier 2018. Après la victoire obtenue face à un Losc version Galtier, Jean-Louis Garcia continuera de lui faire confiance pour le reste de la saison. Bilan : 3 victoires, 3 nuls et 11 défaites, 3 clean sheet et une 19ème place. A titre de comparaison, avec Samassa, le bilan Troyen s’élevait à 6 victoires, 3 nuls et 12 défaites.

Au sein d’un collectif très friable, Zelazny aura été cherché 28 fois le ballon au fonds de ses filets soit 1,6 fois par match…

Afin de le comparer avec les autres gardiens de ligue 1, ci-dessous la matrice croisant le nombre de frappes cadrées subies versus le taux d’arrêt :

Matrice Zelazny

Zelazny n’est pas très bien placé avec 5,4 tirs cadrés subis et un % d’arrêts de 63%. A titre de comparaison, Vercoutre termine sa saison avec un % de 66 % pour 3,9 tirs cadrés subis. Zelazny a sans surprise était très exposé tout au long de la saison au sein de la 15ème défense de ligue 1.

Pour tenter de neutraliser cette exposition et objectiver sa performance, intéressons-nous aux expected goals subis. L’ex-gardien de Troyes aurait dû encaisser 25,11 buts soit un écart défavorable de 2,89 buts. Le classement depuis le 20 janvier est le suivant :

classement xga

Même si l’écart est défavorable, Zelazny est positionné dans le milieu de tableau, ce qui est une bonne chose. On retrouve au premier rang, l’ASSE et la surperformance de Ruffier. Quant à Malherbe et Rémy Vercoutre, il se classe 18ème de cette fin de championnat…

Alors qu’il aurait pu surfer sur sa fin de saison et continuer à occuper le but troyen en Ligue 2, Zelazny a préféré partir et (tenter de) regouter à la ligue 1 dans un effectif où il viendra assurément installer une concurrence avec Brice Samba pour le poste de numéro 1 la saison prochaine.

Derrière Brice Samba ? En tout cas, Erwin Zelazny est premier au nombre de matchs en ligue 1. A surveiller donc.

René Maric, un blogueur devenu entraîneur

L’Olympique de Marseille rencontre le RB Salzburg jeudi en demi-finale d’Europa League où un ancien tacticien blogueur co-fondateur du blog Spielvrlagerung est désormais entraîneur adjoint.

Extraits choisis de l’article du Süddeutsche Zeitung : « ein blogger wird coach » de Christopher Gerards.

« La chose intéressante à propos de l’analyse de Maric était qu’elle était très différente de la plupart des analyses existantes. Par exemple lorsqu’en mars 2016, il écrivait au sujet du BvB Dortmund, il ne s’était pas intéressé aux performances des buteurs comme beaucoup, mais aux trajectoires des latéraux qui valaient le coup d’œil.

Sa renommée s’est construite sur Spielverlagerung.de , un portail Internet qui examine les jeux sous l’angle de la tactique. Ses paroles n’étaient pas légères, et il y avait une raison à cela. Là, les textes sonnent rarement comme les fans parlent.

Beaucoup de choses ont changé depuis. L’entraîneur BVB n’est plus appelé Tuchel. Maric, 25 ans , pense toujours à Dortmund, mais cela fait maintenant partie de son nouveau travail. Maric n’est plus un blogueur tactique, il est désormais co-entraîneur de Red Bull Salzburg, les adversaires de la Ligue Europa de Marseille jeudi.

Il n’y a pas beaucoup de carrières qui sont si emblématiques dans le football, un sport si conservateur. Mais le football a changé, il est devenu plus académique. Les équipes d’entraîneurs se développent, il y a des experts pour tout, à l’écart se trouvent des joueurs qui n’ont pas réussi, Julian Nagelsmann ou Domenico Tedesco. Tout le monde n’aime pas ce développement: Mehmet Scholl, ancien footballeur de Bayern, s’est plaint que les étudiants aient pris le contrôle du football. Et l’entraîneur de Gladbach, Dieter Hecking, était amusé par le fait que les gens sur-interprètent son travail. Il a parlé de «prétendus courants de pensée» qui lui étaient parfois attribués sur les portails Internet alors qu’il était encore entraîneur à Wolfsburg.

Maric a écrit plusieurs fois sur Wolfsburg. Une fois, le VfL a joué contre Gladbach, il a analysé comment Hecking a adapté la stratégie: « Sans balle, vous n’avez plus joué en 4-3-3 / 4-3-2-1 , mais en 4-1-4-1 avec moins ailiers pour mieux défendre dans ces zones.  » Un match nul entre Cologne et Hanovre a été marqué par: «L’objectif de stabilité mutuelle mène à un match nul 1-1. ». Etc…

Maintenant, il est un entraîneur professionnel lui-même, et la question est désormais : à quoi ça ressemble quand un théoricien rencontre la pratique ?

Il dit: «Mais les tactiques sont en fait la somme des décisions prises par les joueurs sur le terrain, que ce soit dicté par l’entraîneur, que ce soit juste la situation, que ce soit les joueurs eux-mêmes. « 

Maric a d’abord entraîné à TSU Handenberg, un club amateur d’un village de Haute-Autriche, 1300 habitants. Il a entraîné des équipes de jeunes, plus tard la deuxième équipe, et il a été entraîneur adjoint de l’équipe fanion. Günter Russinger, chef de section de football à Handenberg, décrit Maric comme « extrêmement intelligent ». Il se souvient comment Maric a réussi à sauver certaines situations : « C’était un peu un mystère pour moi, car des gens aussi normaux que nous, ils peuvent se souvenir de certains points mais pas d’un match entier. »

Stefan Kirnstötter, qui a joué sous Maric, le décrit comme « empathique » et « très humain ». Il se souvient comment Maric a réagi quand un joueur faisait des erreurs à l’entraînement: « Il n’a pas dit directement ce qui n’allait pas, il a fait des exercices pour améliorer cela. » Maric a également conseillé plusieurs clubs.

Son arrivée à Salzbourg, est également liée à l’un de ses articles. Début 2016, il a écrit sur les U18 du club : « L’avance triomphale du Salzbourg U18 n’est pas une coïncidence, la signature de l’académie est aussi reconnaissable que celle de l’entraîneur. »

Cet entraîneur de M18 était Marco Rose, ancien professionnel à Mayence. Maric se tourna vers lui: « Je pensais : c’est une bonne occasion d’échanger des points de vue, de voir ce qui se passe là-bas. » À l’été 2016 , Maric était alors entraîneur adjoint de Rose. En 2017 , l’équipe a remporté l’Uefa Youth League, la Junior Champions League. En été 2017 , Rose est devenue entraîneur de l’équipe professionnelle – et Maric l’un de ses assistants.

C’est un test passionnant pour lui: « Je fais ouvertement face au fait que je n’étais pas un professionnel (en traitant avec les joueurs). Ok, je manque de valeur empirique mais il y a simplement des choses que je sais, et jusqu’à présent ce n’était pas un problème. « 

Parmi les tâches de Maric, qui a une maîtrise en psychologie, il doit prêter attention à certains joueurs en formation. Il analyse les adversaires et recrée les matchs de l’équipe, avec Rose: «Il y a des jours où j’apprends plus que les joueurs parce que j’interagis avec eux – en fait la plupart du temps», dit-il. Le leadership est le trait le plus important d’un formateur, dit Maric, avec tout ce qui touche à tout.

La saison actuelle de Salzbourg était instable, et l’équipe a échoué à se qualifier pour la Ligue des Champions, encore une fois. Lors des vacances d’hiver, l’équipe était derrière Sturm Graz. Maintenant, Salzbourg mène de nouveau la ligue nationale, en tant que souverain habituel, maintenant avec dix points d’avance.

Après avoir éliminé, la Real Sociedad, Dortmund et la Lazio, Maric a obligatoirement étudié dans les mooindres détails l’OM comme il sait si bien le faire.

Son dernier article sur Dortmund est paru pour la finale de la Coupe contre le Bayern en 2016, c’était le duel de l’entraîneur Thomas Tuchel et Pep Guardiola. Beaucoup de choses ont changé depuis. »

 

Comment battre le Paris Saint Germain ?

A match historique, défi historique.

Malherbe s’apprête à affronter un ogre, un ogre des matchs secs. 40 victoires consécutives en coupes nationales, 23 en coupe de France. Sa dernière défaite remonte au 22 janvier 2014 face à Montpellier en 16ème de finale de Coupe de France. Une éternité.

Et pour espérer retrouver le Stade de France, 13 ans après, il faudra stopper cette série et s’inspirer peut-être des 5 défaites du PSG cette saison : à Strasbourg, à Munich, à Lyon, et face à Madrid par deux fois. C’est d’ailleurs un motif d’encouragement, sur ces 5 défaites, 4 se sont produites à l’extérieur.

Pour illustrer ce défi, un tour sur les sites de paris en ligne permet de mesurer l’écart existant entre les deux équipes. Ainsi la victoire de Malherbe dans le temps réglementaire est côté à 13…

Autre illustration, les ELOs points. Malherbe totalise 1 481 points tandis que Paris en compte 1 904 soit un écart de 423 points…

Paris ne boxe pas dans la même catégorie et je pourrais continuer à descendre de nombreuses stats comme le nombre de buts marqués, encaissés… et se faire peur. Mais cet écart de classe peut être source de motivation car là où il y a de la crainte, il y a de l’espoir comme écrivait le philosophe Spinoza.

Oui, parlons philosophie, car le match de mercredi ne sera pas simplement un affrontement entre 22 joueurs. Ce sera avant tout une opposition de styles.

Thèse et Antithèse. Tout oppose Paris à Caen. Possession de balle, nombre de passes, % de passes réussies, duels aériens, nombre de séquences…

Les statistiques tendent à penser que la philosophie de jeu parisienne est un jeu de possession. Pourtant, Unai Emery ne voue pas un culte particulier à la possession de balle contrairement à Laurent Blanc par exemple. Bien qu’il y soit attaché, elle n’est pas primordiale. Le futur ex-entraineur du PSG préfère la notion de contrôle à la notion de domination. Une vision plus pragmatique que le courant de pensée guardiolesque.

Et mercredi, Paris contrôlera le ballon et le match. Jeu de contrôle face à jeu direct et vertical. Un jeu protagoniste face à un jeu réactif. Caen ne tiendra pas le ballon, défendra bas, et tentera de profiter de rares situations de déséquilibres pour jouer la transition.

C’est ce qui s’était passé lors du quart de final face à Lyon. On n’imagine mal Caen sortir de ce plan de jeu et se risquer à un pressing haut. L’expérience monégasque lors de la finale de la coupe de la ligue à montrer qu’il était difficile de gérer la profondeur face à Kylian Mbappé, notamment.

Pour maximiser ses chances de l’emporter mercredi, Caen devra contrôler son adversaire. Mais à la différence de Paris, son contrôle ne se fera pas avec le ballon, il se fera sans. Au diable le beau jeu, jouer au football n’est pas synonyme d’un jeu de passes.

Patrice Garande, dans son interview du 17 avril dans France Football, a expliqué ses convictions : « Nous, on ne peut pas gagner des matches si on n’a pas la bonne attitude, si on n’a pas envie de gagner les duels ou si on subit. » Les joueurs caennais ne doivent pas se préparer à subir. . Ils doivent se préparer à contrôler l’adversaire en fermant les espaces, en orientant le jeu de l’adversaire par leurs déplacements, en ciblant certains joueurs, en étudiant les faiblesses du jeu de passes parisiens. Il faut renverser la table, inverser le paradygme.

Le SMC pourra s’inspirer de José Mourinho qui est la référence du jeu sans ballon lors de confrontations à quitte ou double. Dans son livre, “The Special One: The Dark Side of Jose Mourinho”, le journaliste Diego Torres a défini les sept règles philosophiques de l’entraîneur portugais :

  1. Le match est remporté par l’équipe qui commet le moins d’erreurs
  2. Le football favorise celui qui provoque l’erreur chez l’adversaire
  3. À l’extérieur, au lieu d’essayer d’être meilleur que l’adversaire, il vaut mieux encourager leurs erreurs
  4. Celui qui possède la balle a plus de chances de commettre une erreur
  5. Celui qui renonce à la possession réduit donc ses chances de commettre une erreur
  6. Celui qui a le ballon a peur
  7. Celui qui ne l’a pas est de ce fait plus fort.

Mourinho ne gare pas un bus pour garer un bus. Le processus est bien plus complexe : « On prépare mieux un match quand on est conscient de nos propres faiblesses. Je dis à mes joueurs que pour moi, ce qui est beau, c’est de ne pas donner à nos adversaires ce qu’ils veulent. »

Une phrase à méditer donc par tous. Et peut-être qu’après le coup de sifflet final, Patrice Garande trouvera les mêmes mots que le technicien portugais après la demi-finale retour au Camp Nou en 2010 : “Ils peuvent garder le ballon. On va en finale.”

Sources :

https://www.90min.com/fr/posts/3393418-paris-saint-germain-unai-emery-sa-vision-ses-methodes-son-caractere

https://www.amazon.fr/Special-One-Dark-Side-Mourinho-ebook/dp/B00EXB7046

https://sport.sfr.fr/football/premier-league/le-plan-de-mourinho-heung-min-son-everton-et-guardiola-le-debrief-tactique-de-la-30e-journee.html

https://www.lequipe.fr/Football/Article/Bataille-sur-les-sorties-de-balle-coaching-gagnant-de-zidane-le-debrief-tactique-de-real-madrid-psg/876064

 

Amiens 3 – Caen 0, l’analyse du match, pas du score

Les matchs se suivent et se ressemblent pour le Stade Malherbe de Caen. Angers, Montpellier, Amiens et un même fil conducteur lors des trois dernières rencontres : Caen se saborde très rapidement avec un match plié en moins de 30 minutes.

Après le match de samedi, Caen n’a remporté qu’un seul de ses 12 derniers déplacements en restant muet à 9 reprises.

Les plans de jeu

Si le match opposait les deux équipes de ligue 1 affichant les plus faibles pourcentages de tirs cadrés en ligue 1, il opposait également les 2 équipes aux plus faibles pourcentages de passes réussies : 73,7% de passes réussies pour Amiens et 74,4% pour Caen.

Ce déchet s’explique par le jeu direct pratiqué par les deux équipes : Caen tente en moyenne 367 passes par match (dernier de ligue 1) pour une possession de 46,4% contre 376 passes et 46% de possession pour Amiens. Leur temps de possession est très court et le nombre de possessions par match est très important :

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Caen use en revanche de beaucoup plus de ballons aériens que son adversaire picard, et cela s’est vérifié samedi soir avec 52 ballons joués de la tête pour Malherbe contre 25 pour Amiens. Le profil d’Ivan Santini impose une animation offensive tournée résolument vers le jeu aérien et les seconds ballons depuis maintenant deux saisons.

Mais la trop faible projection des milieux caennais cette saison empêche une animation offensive plus performante (dernière attaque de ligue 1). Ces derniers matchs, la titularisation de Peeters semblait redondante avec celle de Féret : des relanceurs-passeurs sans grande mobilité (box to box) et n’amenant pas de supériorité numérique. Le manque de présence des milieux dans la surface est une faiblesse trop souvent vue lors des centres caennais.

L’absence de mobilité sans ballons est également combinée à une absence de mobilité avec ballons. Malherbe n’a pas de joueurs capables de porter le danger avec le ballon et de jouer des 1v1. Les joueurs caennais dribblent seulement 13,1 fois durant un match (dernier de ligue 1).

Ces lacunes expliquent à mon sens les difficultés de l’animation offensive inscrite dans des principes de jeux où les joueurs caennais défendent bas et jouent la transition. Si lors de la saison 2014/15, la transition offensive caennaise était redoutable, c’était en grande partie liée à la mobilité et la projection de ces milieux. En 2014/15, Caen était quatrième meilleure attaque de ligue 1 avec un pouvoir d’élimination bien plus grand : 19,4 dribbles par match (quatrième de ligue 1).

Le match

Alors que la possession est amiénoise durant les 20 premières minutes (56%), les picards restent très prudents avec un circuit de passes dans leur tiers défensif contrairement aux caennais qui sont positionnés de manière médian :

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On remarque la différence d’homogénéité dans les circuits avec un jeu amiénois mieux réparti sur la largeur alors que les passes caennaises se concentrent une fois de plus côté gauche avec notamment Bessat combinant avec Djiku et Deminguet. Le couloir droit a de nouveau été déserté durant toute la rencontre : 44% des ballons ont été joué côté gauche contre 30% côté droit.

Lorsque le ballon s’aventurait côté droit, on a souvent vu un renversement de jeu vers le côté gauche par manque de solutions côté droit. D’ailleurs le ballon perdu par Guilbert amenant le premier but amiénois est causé par l’absence de propositions données au porteur de balle.

Le positionnement moyen des joueurs caennais lors de la première période montre cette asymétrie :

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Durant ce début de match, Caen a trop usé de verticalité avec des passes horizontales collées à la ligne de touche gauche. On a observé une trop faible densité pour jouer les seconds ballons et une absence d’homme libre pour les troisièmes ballons.

L’absence d’Ait Bennasser est préjudiciable dans le jeu avec ballon car c’était lui qui endossait le rôle de premier relanceur en fluidifiant le jeu. En son absence, Julien Féret endosse ce rôle et se retrouve éloigné des seconds et troisième ballons.

Amiens a été très prudent durant ce début de match et a aspiré les caennais pour jouer sur leur point fort : la transition. A la 19ème minute, alors que les caennais bénéficient d’un coup franc, c’est Julien Féret qui effectue une passe latérale vers Sankoh (photo1). Sankoh court avec le ballon latéralement vers le côté droit (photo 2) et transmet à Guilbert. Guilbert élimine un adversaire (photo 3). Remarquez l’absence de propositions au porteur de balle (photo 4). Il n’a alors qu’un seul choix de passe : centrer alors qu’il est très éloigné de la ligne de but (le pourcentage de réussite est très faible dans ce cas). Il décide de jouer le 1v1 et le perd. Dès lors, c’est le basculement vers l’attaque pour les amiénois (photo 5). Alors que les joueurs caennais peinent à placer des joueurs dans la surface dans ces moments comparables, Amiens va être capable de positionner 4 joueurs dans la surface caennaise et marquer (photo 6). La différence de mobilité entre les deux équipes est criante.

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Amiens, comme Montpellier, comme Angers… a une cartouche indispensable pour jouer la transition : la mobilité. Ce que Malherbe ne dispose pas ou plus du fait de passes qui parcourent trop de distance et de facto un temps de passes trop court incompatible avec la mobilité. La distance parcourue par les passes caennaises est en moyenne de 21 mètres (plus longue distance derrière Metz). En réduisant la distance des passes, Caen amènera de la densité près du porteur. Un problème d’espace et de temps comme toujours dans le football.

Il est injuste de taper sur les doigts de la défense caennaise sur ce premier but car c’est notre animation offensive qui a permis quelques secondes plus tard un centre adverse joué à égalité numérique. Amiens a parfaitement profité du déséquilibre caennais.

Sur le second but encaissé, Romain Genevois a évoqué un copier-coller du premier but montpellierain au micro de BeIn. Comme dimanche dernier, la densité axiale caennaise est court-circuitée de nouveau. Cette fois par un ballon long joué vers l’attaquant de fixation picard. Djiku perd son duel aérien. Sankoh-Deminguet sont en retard pour jouer le second ballon. La frappe de Monconduit se transforme en passe décisive pour Gakpé.

 

 

 

Et comme dimanche, le match est plié en trente minutes. Amiens recule et laisse l’initiative à Malherbe. 58% de possession durant la dernière heure de jeu. Comme face à Montepellier, coach Garande change de système et de joueurs mais le mal est fait.

Pire, Malherbe encaisse un troisième but sur une belle action initiée par Kakuta.

Caen va se créer des situations en fin de match, mais les problèmes de finition perdurent. Kouakou et Santini manquent de réalisme. 1,46 expected goals samedi pour 0 but inscrit ! 14,66 buts sont manquants cette année. Depuis le recensement de cette stat (saison 2014/2015), personne n’a fait pire.

Bref, les matchs se suivent et se ressemblent. Je vais bientôt pouvoir faire des copier-coller de mes analyses 😉.

Sources : 
SofaScore // understat // whoscored //cotestats.fr

 

Caen 1 – Montpellier 3, l’analyse du match pas du score

Extrait de l’emission WAM du vendredi 6/4/18 avec comme invité exceptionnel Xavier Gravelaine

Oui et Merci du cadeau car recevoir le directeur général du club alors que l’équipe vient d’enchainer trois défaites de suites, 7 buts encaissés , 1 seul marqué.

Y a pas à dire chez WAM on sait mettre l’invité dans de bonnes conditions en l’invitant au meilleur des moments.

Alors qu’avons-nous vu lors de ce Caen Montpellier ?

On a vu une défaite face à un Montpellier très cohérent, un adversaire qui n’a perdu qu’un seul de ses 12 derniers matchs de ligue 1.

De quoi relativiser cette défaite. En face c’était pas des peintres.

Face à une équipe montpelliéraine très forte dans son animation défensive, deuxième meilleure défense de ligue 1, Patrice Garande a opté pour une stratégie protagoniste en voulant prendre l’initiative dès le début de match  avec un système en 1-4-3-3. Un système qui cette saison n’est pas performant. Il avait été choisi souvenez-vous lors des deux premiers matchs de la saison : 2 défaites . C’est suite à l’arrivée d’Ait Bennasser, qu’il avait été abandonné.

A noter que l’animation des couloirs étaient asymétriques, avec côté gauche Bazile en mangeur de craie, et côté droit Rodelin, lui est beaucoup rentré vers l’intérieur autour de Santini pour y amener de la densité et jouer les deuxièmes ballons, libérant le couloir droit pour les montées de Guilbert.

Les caennais se sont montrés appliqués et sérieux sur le début de match avec un bloc équipe très haut tentant d’étouffer l’adversaire.

Est-ce que vous avez une idée de la possession de balle durant les 20 premières minutes ?

Elle a été de 59%. Ce qui est pas mal.

A la 11ème minute, Peeters aurait même pu marquer sur une extra passe de Féret. Mais il a buté sur Lecomte. Peeters tarde à être décisif avec Malherbe. 0 but inscrit depuis son arrivée.

A votre avis, selon les expected goals, combien aurait-il dû inscrire de buts ?

Déjà 2,39 expected goals depuis le début de la saison.

Ce fut la seule frappe de la première période côté caennais alors que 17 centres ont été réalisés. On pourra regretter l’absence de densité dans la surface pour que ces centres soient plus efficaces.

Un bon début de match où même Bazile a failli se réconcilier avec Borrelli. C’est dire.

Mais tout ça c’était avant le drame.

L’action montpelliéraine du premier but est fameuse et rappelle celle du premier but dijonnais il y a quelques semaines avec un mouvement qui démarre d’un côté où l’adversaire fixe notre défense avant de renverser côté opposé.

Parce que j’ai entendu certains observateurs critiquer injustement Genevois au marquage de Sambia. Remettons les pendules à l’heure. Si responsabilité il y a, elle est sur l’absence de compacité axiale qui a permis une ligne de passe létale d’Hilton vers Sambia pour permettre un brusque changement de rythme. C’est la première des responsabilités. Et cette responsabilité est collective.

Donc les trois milieux caennais, Peeters-Féret-Sankoh sont cadrés sur une touche jouée côté gauche de la défense caennaise. Passe latérale vers Hilton. Le triangle caennais est en retard sur le temps de passe et court latéralement. Hilton casse la ligne et saute son milieu de terrain pour trouver Sambia d’une passe indirecte au ras du sol. Sambia a les épaules bien alignées pour s’appuie côté droit sans contrôle vers Roussillon qui est collé à la ligne de touche. Le changement de rythme est parfait. Roussillon remet en une deux vers Sambia toujours en une touche.

Alors Platini disant que le contrôle est le geste technique le plus difficile et le plus technique.

Est-ce que vous savez ce que répond Suaudeau à cette phrase ?

Et Bien que non à Nantes on joue sans contrôle.

Les joueurs caennais défendent en courant vers leur but, ce qui n’est jamais simple.

Dans l’axe Bessat est au marquage de Sio. Les deux joueurs ont ralenti leur course pour être dans le bon tempo. Sambia centre, Bessat n’a pas le bon angle de course ni le coup de rein nécessaire pour accélérer et intercepter. Sio conclut un joli mouvement.

Deux minutes plus tard, Malherbe encaisse un second but sur corner. Caen qui est pourtant leader sur les buts encaissés sur coup de pied arrêté :

Combien de buts encaissés sur coup de pied arrêté cette saison ?

c’est seulement le troisième but encaissé sur coup de pied arrêté. Tous sur corner.

Ensuite toute la machine s’enraye. Lorsque tu as la pire attaque de ligue 1 et que tu affrontes la deuxième meilleure défense de ligue 1, tu peux comprendre que les joueurs caennais ait été ko debout. Revenir au score te parait insurmontable.

Le match était donc plié. Des changements et une modification de système ont été opéré par coach Garande à la mi-temps.

Mais Montpellier a logiquement défendu plus bas pour conserver le résultat et a joué la transition rapide. Et le troisième but héraultais est venu comme cela.

Les trente dernières minutes pourront être qualifiées de Garbage time avec tout de même un mini évènement puisque Santini a marqué dans le jeu.

Depuis combien de temps Santini n’avait pas marqué dans le jeu ?

Cela faisait 4 mois soit 1 269 minutes (si on inclut les coupes) que Santini n’avait pas marqué dans le but, depuis Caen Lyon le 3 décembre 2017.

Bref, un score logique selon la hiérarchie du classement mais aussi selon la mécanique du match.

Malherbe n’a pas su convertir une occasion franche de but. On totalise aujourd’hui 36,2 expected goals contre 23 buts réellement marqué soit une sous performance de 13,2 buts…hmhm

Montpellier, lui a su s’affranchir de la densité axiale malherbiste sur une action et aggraver le score face à une équipe dont l’animation offensive n’est clairement pas son point fort en cette saison.