Caen 2 – Rennes 2, l’analyse

Caen enchaîne avec un troisième match sans défaite après le match nul obtenu lors de la réception de Rennes samedi dernier. Un match nul plein d’émotions avec deux pénaltys ratés côté caennais.

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Les plans de jeu

Il était délicat de prévoir les plans de jeu avant le match. Sabri Lamouchi, étant néophyte, l’échantillon rennais à analyser avant le match est encore mince. Garande, Huriez et consorts ont dû se creuser les méninges et prévoir plusieurs scenarii. Le travail aurait sans doute été plus simple avec Christian Gourcuff encore entraîneur.

Patrice Garande a finalement opté pour un plan de jeu offensif. Vouloir tenir le ballon lorsque votre identité de jeu est une identité défensive était une vraie prise de risque. Le fait d’être à domicile et d’avoir réalisé de belles performance récemment @Saint-Etienne et @Guingamp avec trois défenseurs axiaux a surement plaidé pour ce choix.

Le plan s’est déroulé comme prévu avec 60% de possession de balle.

C’était la cinquième fois où l’on apercevait le 1-3-5-2 cette saison, les quatre précédentes fois, il s’agissait de matchs à l’extérieur où le plan de jeu était défensif. La possession de balle et le nombre de passes sur ces matchs étaient la suivante :

posse

La phrase la plus répétée dans le paysage du foot français est : « l’important, c’est les trois points et de prendre les matchs les uns après les autres ». La deuxième phrase la plus répétée est : « peu importe le système, l’important c’est l’animation ».

C’est le cas, même si je préfèrerai entendre le plan de jeu plutôt que l’animation, car comme vu sur le graphique ci-dessus, c’est bien la première fois qu’avec un plan de jeu offensif, le système repose sur trois défenseurs centraux axiaux. Avant la réception de Rennes, la moyenne de possession était de 29% et la moyenne de passes réussies de 219. Samedi c’était multiplié par deux ! 60% de possession et 407 passes réussies.

La majorité des spectateurs auront apprécié les velléités joueuses des joueurs du SMC avec un contrôle du ballon très rarement vue à D’Ornano. Une prise de risque donc et comme toute prise de risque, on tente de maximiser le gain et inversement on maximise la perte. Malherbe marque rapidement mais encaisse également. 1-2 en moins d’une demi-heure, elle est qui est pourtant si solide d’habitude, notamment en première mi-temps :

buts

La composition du Stade Malherbe de Caen :

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En face, Sabri Lamouchi optait pour un 1-4-3-3. Un système jamais vu depuis l’intronisation de l’ex sélectionneur de la Côte d’Ivoire, ce qui peut expliquer en partie la domination caennaise lors des 6 premières minutes.

Le match

Rennes a laissé les clefs du match au Stade Malherbe, d’ailleurs on a surtout vu un dispositif tactique organisé en 1-4-5-1 avec les milieux Bourigeaud et Sarr astreints a un gros boulot défensif.

Rennes s’est très peu découvert durant les 90’ avec une supériorité numérique défensive. Elle a été gênée en première mi-temps couloir gauche avec un Frédéric Guilbert virevoltant mais a su apporter des corrections de positionnement pour une assise plus étanche.

Frédéric Guilbert a illuminé la première période. Il confirme un très bon début d’année 2018. Au-delà de sa prestation défensive, il a délivré sa deuxième passe décisive de la saison, sa troisième depuis qu’il est caennais mais cette fois ci, ce n’était pas pour Rodelin mais pour le néo caennais Enzo Crivelli.

Guilbert a trouvé Crivelli dans sa zone préférentielle après un long ballon de Vercoutre, une double déviation de la tête de Rodelin et Féret. La défense rennaise défend avec des courses vers son but ce qui est toujours délicat. On n’a surement pas assez commenté l’existence d’automatismes entre Guilbert et Crivelli qui sont des ex-coéquipiers.

D’ailleurs pour ceux qui ont écouté les deux dernières émissions de wam, ci-dessous mes prédictions victorieuses :

A écouter à partir de 25’12 jusqu’à 25’39

https://www.mixcloud.com/RadioPhenixCaen/wam-l%C3%A9mission-02-f%C3%A9vrier-2018/

A écouter à partir de 1h00’25 jusqu’à 1h00’31

https://www.mixcloud.com/RadioPhenixCaen/wam-l%C3%A9mission-16-f%C3%A9vrier-2018/

Bluffant non ? Même si le pronostic n’aura tenu que 3 minutes…

Car Malherbe va se faire punir trois minutes plus tard :

but 2

Cette perte de balle va marquer au fer rouge Julien Féret durant la rencontre. Les travées vont épier la moindre de ses pertes de balles. Comme souvent, c’est le joueur caennais qui est le plus exposé à la critique puisque c’est le joueur caennais qui touche le plus de ballons et donc qui tente le plus de passes. 68 passes tentées pour 10 manquées dont 1 seule dans le dernier tiers défensif, celle du 1er but rennais. Mais en revanche, il réalise trois passes clés dont 1 passe décisive.

Pour calmer les plus rageux, comparons les cartes de chaleur de Féret et Peeters :

Alors c’est qui le vieux ?

Il est intéressant d’analyser les circuits de passes sur ce match car comme vu plus haut les joueurs caennais ont troqué leur jeu direct, où l’on doit atteindre le but adverse le plus rapidement possible en un minimum de passes, par un jeu de possession.

Le graphique ci-dessous représente le positionnement moyen des joueurs jusqu’à la 61ème minute :

passing network

Les enseignements principaux du passing network :

  • Dissymétrie ouest-est: il y a un déséquilibre gauche-droite avec beaucoup de joueurs côté gauche : 49,5% des ballons ont été joués côté droit contre 25,6% côté gauche
  • Le circuit de passes préférentiel est donc côté droit avec Julien Féret au cœur du jeu
  • Le binôme Guilbert-Féret a très bien fonctionné
  • Lorsque le dispositif est un 1-4-4-2 avec Julien Féret en double pivot côté gauche, on observe l’inverse
  • Cela confirme que le jeu caennais penche toujours du côté où joue Julien Féret peu importe le système

L’animation offensive a été très bonne avec des circuits et mouvements rodés fidèles au plan de jeu où on exploite beaucoup les côtés pour centrer près du but. Avec le 1-3-5-2, Malherbe se découvre hélas un peu trop avec de grands espaces laissés derrière Avounou-Peeters-Féret-Guilbert.

Le triangle formé par les trois milieux axiaux était assez étonnant. D’habitude, le triangle est formé d’un double pivot de récupérateur placé devant les défenseurs axiaux et le troisième côté est occupé par un meneur : triangle en pointe haute. Ce meneur est chargé de gêner la transmission du 6 adverse. Sauf que samedi, il n’y avait pas de double pivot mais un seul joueur sentinelle placé devant la défense, triangle en pointe basse : Baissama Sankoh.

triangle

Le numéro 6 rennais Prcic était souvent libre et a apporté de la valeur aux chaines de possessions rennaise. Par ses décisions, il a appuyé sur les zones laissées vacantes par les milieux et joueurs de couloirs malherbistes.

Sankoh avait beaucoup trop d’espace à couvrir. Il beaucoup couru mais hélas souvent dans le vide : seulement 39 ballons touchés en 62’ et 4 duels à disputer. La compensation dans les espaces dans le dos des latéraux était très délicate pour ne pas dire impossible. La coordination défensive entre lui et ces derniers ainsi que les défenseurs axiaux gauche et droit (Da Silva et Genevois) était très perfectible.

En l’absence de DJIKU, la complémentarité Da Silva-Diomandé-Genevois fait débat. Le choix de positionner Da Silva axe gauche pouvait surprendre. Mais c’est surement côté Diomandé qu’il faut regarder. Cette saison, il n’a pas encore joué à son véritable poste qui est milieu défensif et sa prestation de samedi n’argue pas pour une reconversion définitive au poste de défenseur.

Sur le second but breton, les caennais sont pris à défaut sur un corner mal repoussé. Le manque de coordination dans les mouvements est flagrant.

My Video Gif

Le 1-3-5-2 est un des systèmes les plus exigeants. L’intelligence tactique est primordiale sur les stratégies de replacement surtout pour les défenseurs centraux dans les situations de déséquilibres. La couverture mutuelle et la communication ont fait défaut.

On pourrait croire qu’en positionnant cinq défenseurs dans le repli défensif, on sécurise le système. C’est oublier l’animation défensive ;). Le positionnement moyen de Genevois est d’ailleurs suspect. Il est très haut et très à droite durant la première heure de jeu pour compenser l’agressivité offensive de Guilbert. Gérer toute la largeur à trois défenseurs centraux s’est avérée compliquée. Offensivement, Bourigeaud et Sarr se sont régalés avec beaucoup de versatilité.

Il est certain que nos phases de transition et l’animation défensive sont moins performantes avec un plan de jeu offensif de possession que lorsque l’on opte pour notre fameux jeu direct nord-sud où notre bloc est rarement mis à défaut par l’absence de déséquilibre numérique.

Lassé par l’animation défensive, Patrice Garande a finalement vite changé de système en seconde période. C’est le deuxième match consécutif à domicile où Malherbe encaisse deux buts dans le jeu et c’était le deuxième match consécutif à domicile où la possession de balle nous est favorable.

A la 61ème, Sankoh est remplacé par Bennasser et Avounou par Stavitski. Le dispositif mute en 1-4-3-3. Guilbert passe à gauche et Genevois devient latéral droit. Je pensais que Fred Guilbert allait en profiter pour faire des courses vers l’intérieur en profitant d’être faux pied. Ce ne fut pas le cas.

Ce changement a fait énormément de bien. La maîtrise technique de Bennasser a apporté un confort et des temps de possessions plus long. Avec un plan de jeu offensif, son absence faisait défaut. Durant les trente dernières minutes, les occasions se sont multipliées.

Avec deux pénaltys ratés qui équivalent à 1,5 expected goal, Caen termine avec 3,34 expected goals contre 1,39 subis, de quoi nourrir (encore) des regrets. L’absence de finition est le maître mot de cette saison. Il s’agit du match avec le plus d’xG favorable depuis le début de la saison.

https://www.dailymotion.com/video/x6eyqf2

Auteur : statmalherbe

Fanalyste surcoté sublimant les zéro-zéro pour y voir de belles choses, comme pastis. Je suis un génuflecteur de la construction en u vers l'extérieur sans pénétration axiale du SMC. On me dit souvent que je suis pédant quand je m’excuse d’être pédant. Oui, parce que je parle comme un vieux avec des expressions de vieux alors que je suis né le même jour que Jean Calvé (qui a un prénom de vieux)

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