Angers 3 – Caen 0, l’analyse du match, pas du score

Après le match de samedi, Caen reste donc la proie favorite d’Angers avec 88% de victoires : 7 victoires et 1 nul. Angers a marqué au moins 2 buts lors de 7 des 8 rencontres face à Caen en ligue 1.

Mais le score n’est qu’un élément du match. Et même si la défaite fait mal, on aurait tort de tourner la page trop rapidement et de profiter de la trêve car j’ai trouvé des éléments intéressants d’analyse.

Les plans de jeu

Beaucoup auront remarqué les similitudes hors du terrain entre les deux équipes avant le match : des présidents qui ont des traits communs et qui s’apprécient, des organigrammes similaires, la même gestion de crise…

Et ils existent également des similitudes dans la philosophie de jeu : un bloc bas qui joue la transition.

Angers et Caen laissent l’initiative du jeu à l’adversaire avec 45,3% de possession et 46,1% depuis le début de la saison et ils misent sur une projection rapide vers l’avant à la récupération du ballon. Caen a néanmoins un jeu plus direct qu’Angers : 368 passes en moyenne par match soit un ratio passes/possession de 798 alors que les angevins réalisent 392 passes en moyenne soit un ratio de 850. Le temps de possession caennais est plus court et le nombre de passes consécutives est plus faible.

Le jeu de transition angevin est néanmoins plus efficace : 26,03 expected goals dans le jeu contre 20,41 pour les malherbistes.

La conversion d’occasions créées sur coup de pied arrêtées est devenue la marque de fabrique du SCO depuis plusieurs saisons : 10 buts sur coup de pieds arrêtés (6 sur corners et 4 sur CPA indirects) depuis le début de la saison soit 50% des buts angevins (hors penalty) !

Une philosophie de jeu identique pour deux coachs affichant une des plus grandes longévités en Europe.

Samedi soit, Stéphane Moulin a reconduit son 1-4-1-4-1. Il est clair que ce système a la cote lorsque l’on veut développer une identité de jeu faite de verticalité car ce système a déjà été vu avec le Toulouse de Casanova puis le Sm Caen de Garande en 2015 notamment.

Patrice Garande, lui, reconduisait un 1-3-5-2. C’est la 7ème fois en 8 rencontres que l’on observe ce système. On aurait pu imaginer un retour à une défense à 4 avec le retour de blessure de Damien Da Silva. Mais l’impossibilité de titulariser un latéral gauche de métier a poussé le technicien à reconduire une défense avec trois axiaux : Djiku axe gauche, Diomandé axe central et Da Silva axe droit. Au milieu, le triangle était un triangle à pointe basse avec Bennasser en sentinelle.

compo.png

Côté Angevin, depuis le départ de Crivelli, Toko Ekambi est systématiquement titularisé en pointe. Il serait étonnant de ne pas le voir quitter le SCO cet été au regard de ces performances : 16 buts et 5 passes décisives. Il est le meilleur buteur camerounais sur une saison depuis Vincent Aboubakar en 2013/14 (16 buts avec Lorient).

Angers a le chic pour dénicher des joueurs à potentiel et les faire progresser : Famara Diédhiou hier, Karl Toko Ekambi aujourd’hui.

Le triangle des milieux axiaux était composé de Santamaria-Oniangué-Mangani, Santamaria étant le sentinelle devant la défense. Sur les côtés Reine-Adélaïde et Tait étaient titularisés. Tait, droitier sur le couloir gauche a posé d’énorme problème en privilégiant quasiment systématiquement la diagonale vers l’intérieur.

Cette construction du jeu où les milieux excentrés repiquent vers l’intérieur est d’ailleurs une grosse différence avec l’animation caennaise. Car à Caen, on constate une construction en U vers l’extérieur sans pénétration axiale car on privilégie les centres. Rappelez-vous cette image lors de la réception de Lille début janvier :

Ainsi Caen réalise en moyenne 25,5 centres par match, 1er en ligue 1. Angers centre 17,1 fois en moyenne, 15ème de ligue 1.

Le match

Le fait marquant du match est arrivé hélas trop rapidement pour les caennais et a cassé leur plan de jeu.

On minimalise trop souvent l’enjeu des touches. Mais ce que l’on peut considérer comme un détail n’en est pas un. Dans les clubs professionnels, les touches sont travaillées comme de vrais lancers de jeux avec des mécaniques précises comme peut l’être un corner. Et il est certain que les joueurs angevins ont travaillé ce secteur de jeu.

Dans les dix premières minutes, Angers va obtenir 9 touches dont 6 dans les 30 derniers mètres. Résultat de ces dernières : 2 touches obtenues, une touche longue transformée en centre dans la surface et un missile en lucarne.

On est à la 11ème minute avec une touche pour les angevins à 5 mètres du poteau de corner côté gauche.

but tait2

Comme indiqué plus haut, le choix de positionné Tait en faux pied couloir gauche a terriblement gêné la défense caennaise. Sur le premier but, c’est la combinaison de Toko Ekambi et Tait qui fait la différence. Tous les deux droitiers, leur protection de balle et leur conduite de balle ont permis d’éloigner leurs adversaires et viser le but.

La coordination des mouvements de Guilbert-Da Silva-Peeters-Repas n’est pas bonne. 4 caennais contre 2 angevins. Ils vont tous se jeter sur le porteur de balle Ekambi. A posteriori, le choix de Peeters d’abandonner Tait n’est pas un bon choix. Une fois le ballon transmis au futur buteur angevin, Féret est trop éloigné et intervient tardivement et timidement. 1 zéro.

Le mal était fait. Une fois cette avantage pris, Angers s’est replié et à jouer la transition comme attendu. Le SCO a attendu patiemment, a joué très direct une fois l’avantage pris. Alors que le bloc caennais était positionné haut sur le terrain à la 43ème minute, suite à une mauvaise relance de Rémy Vercoutre, un duel aérien est perdu au milieu de terrain et offre une situation de 3×2 aux angevins. Tait trouve Ekambi lancé. Deux zéros. Angers a piégé Caen à son propre jeu et a attendu une erreur caennaise pour jouer une transition rapide et marquer.

but ekambi.png

Alors que Caen avait laissé l’initiative du jeu aux angevins (64,7% de possession durant les dix premières minutes), il a été condamné à faire le jeu et ce n’est clairement pas son fort : 63,6 % de possession pour Caen lors des 80 dernières minutes.

Le SMC s’est cassé le nez durant le reste de la rencontre face à un bloc équipe dense qui a fermé les espaces. Les joueurs caennais ont été incapable de franchir la première ligne de pressing des milieux.

passing network.png

L’absence de circuit de jeu intérieur est mis en exergue par le passing network ci-dessus. 383 passes ont été complétées côté caennais dont 252 dans le tiers central soit 66%. Seulement 76 passes ont été réussis dans le dernier tiers adverse. Santini et Repas (première titularisation depuis le 16 décembre) n’ont pas été capable de se situer entre les lignes et de proposer des solutions aux milieux caennais.

Peeters a été étrangement invisible : 26 ballons touchés pour 16 passes réussies :

peeters

Stef Peeters a du mal a confirmé les bonnes choses entrevues en janvier et début février. Son match de référence reste celui de Guingamp mais il doit confirmer dans la durée. Sa qualité de passe sur les coups de pieds arrêtés ne peut suffire à justifier une titularisation.

Le jeu a penché côté gauche : 44,8% des ballons touchés. Face à la menace Tait et Ekambi dé-zonant, ou même Mangani, Frédéric Guilbert s’est très peu montré et a été très prudent. Vincent Bessat a été plus offensif mais trop inoffensif. Ait Bennasser l’a par exemple souvent trouvé sur des passes longues. Hélas ces situations n’ont pu être exploitées.

A l’heure de jeu, le coach caennais passait en 1-4-3-3 avec les entrées simultanées de Timo Stavitski et Hervé Bazile sans aucun effet sur l’attaque. Pis, elle encaissait un troisième but à la 74ème.

but fulgini.png

Conclusion

Malherbe termine la rencontre avec 0,57 expected goals dont 0,18 xG dans le jeu seulement. L’occasion la plus dangereuse est la tête de Djiku à la 81ème minute sur un coup franc de Féret. Angers s’est créé 1,74 expected goals, Rémy Vercoutre n’a hélas pas pu performer même s’il termine la rencontre avec 3 arrêts.

xg

Il serait injuste de dire que les joueurs caennais ont manqué d’envie samedi soir. Le nombre d’actions défensives (50) et le nombre de duels gagnés (62/102) sont élevés.

La mécanique du match a de nouveau révélé les limites de l’identité de jeu caennaise : Malherbe est incapable de se procurer des situations de buts en ayant l’initiative du jeu. Cette équipe est structurée pour bien se replier, récupérer le ballon et jouer rapidement la transition. Elle ne sait pas faire autrement.

 

Auteur : statmalherbe

Fanalyste surcoté sublimant les zéro-zéro pour y voir de belles choses, comme pastis. Je suis un génuflecteur de la construction en u vers l'extérieur sans pénétration axiale du SMC. On me dit souvent que je suis pédant quand je m’excuse d’être pédant. Oui, parce que je parle comme un vieux avec des expressions de vieux alors que je suis né le même jour que Jean Calvé (qui a un prénom de vieux)

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