L’utilisation du 3-5-2 en Europe en 2019

Cette saison, Rui Almeida, le nouveau coach caennais, a importé le système en 1-3-5-2 de son expérience troyenne où après l’avoir installé en mars 2019, il fut invaincu en saison régulière.

Dans cet article j’ai voulu quantifier et de qualifier l’utilisation de ce dispositif à l’heure actuelle car le système n’est qu’un outil du projet de d’un entraîneur.

L’utilisation du 3-5-2 trouve ses origines au début des années 80 avec la disparition du gioco all’Italiana. On notera comme précurseurs Carlos Billardo avec l’Argentine, Ciro Blazevic avec le Dynamo Zagreb ou Sepp Piontek avec le Danemark. Le 3-5-2 s’est démocratisé assez fortement durant près d’une décennie avant que la défense à quatre ne devienne une

Aujourd’hui peu d’équipes l’utilisent. J’ai dénombré 14 équipes ayant utilisé le 1-3-5-2 dans le big five lors de la saison 2018/19 (plus de 10 matchs).

Trois équipes françaises, Trois espagnoles, cinq italiennes, deux allemandes et une anglaise.

Un système commun à beaucoup d’équipes mais avec des conceptions différentes pour jouer au football et pour gagner des matchs.

La hiérachisation ci-dessous permet de classifier selon 12 critères de jeu ces 14 équipes avec l’ajout des performances du stade malherbe depuis le début de la saison.

3-5-2.png

On relvèe que seul le Bétis de Séville de Quique Setien a utilisé ce système pour imposer son jeu de possession.

Les autres équipes l’ont surtout utilisé pour déployer un jeu de transition. Il s’agit majoritairement d’équipes italiennes et allemandes.

S’il fallait retenir un modèle du jeu de transition hyper rapide et efficace avec le 3-5-2, ce serait celui de l’Eintracht Frankfurt.

Entre les deux se situe les équipes françaises qui n’ont ni utilisé ce système pour un jeu expansif ni pour un jeu réactif.

Caen, Troyes, Strasbourg et Montpellier ont déployé un modèle de jeu avec peu d’attaques positionnelles et peu de contre-attaques.

Un tempo plus lent a donc été observé chez ces équipes.

Cette saison, Rui Almeida a importé ce système dans l’équipe caennaise depuis Troyes.

Il est intéressant de noter qu’après 3 journées de championnat, l’équipe qui se rapproche le plus du SM Caen est tout simplement Troyes, l’ancienne équipe coachée par Rui Almeida.

Les points communs sont : le peu de tirs au but, une possession équilibrée, peu d’attaques positionnelles, un usage du jeu long et vers l’avant modéré, peu de centres tentés.

Ce dernier point est d’ailleurs surprenant puisque le 3-5-2 est utilisé théoriquement pour jouer dans la largeur.

C’est la grande différence avec le jeu montpelliérain et strasbourgeois.

Si l’objectif de l’entraîneur portugais est de tendre vers le jeu déployé dans l’Aube, il faudra corriger le nombre de but attendu , ainsi que le nombre de contre attaques trop peu nombreux.

 

La hiérarchisation des styles de jeu en ligue 1

Je profite de la trêve internationale pour communiquer un travail de clusterisation permettant de classifier les équipes de ligue 1 selon leur style de jeu.

Pour hiérarchiser les résultats, j’ai utilisé un dendrogramme qui permet d’identifier les groupes homogènes au sein d’un groupe de données.

Inspiré par Cheuk Hei Ho qui a réalisé ce travail pour la MLS et la Série A, j’ai retenu 16 critères :

  • le nombre  de passes au cours d’un match
  • la possession
  • le nombre de passes par possession
  • le nombre de passes longues par possession
  • le nombre de passes courtes par possession
  • le nombre de duels aériens par possession
  • le nombre de dribbles par possession
  • le nombre d’actions défensives par possession
  • le % de passes longues
  • le nombre d’actions défensives
  • le temps de possession
  • la fréquences de tirs
  • le taux de passes longues réussies
  • le taux de passes courtes réussies
  • le taux de réussite au dribble
  • le taux de réussite pour les duels aériens

J’ai utilisé la méthode de standardisation z score (nombre d’écarts types séparant un résultat de la moyenne).

Ce classement a ses limites. Nantes et Monaco ont changé d’entraîneur récemment et le style de jeu proposé n’est plus le même qu’auparavant. Néanmoins, ce travail permet de  confirmer et infirmer certains attendus.

Après 10 journées, la hiérarchisation était la suivante :

Hierarchisation des styles de jeu J10Après 10 journées, le style de jeu de Caen étaient proche du jeu proposé par Nîmes ou encore Reims

Après 13 journées :

Hierarchisation des styles de jeu J13

4 matchs plus tard, Caen est toujours proche du jeu proposé par Nîmes et Reims mais il s’en est légèrement éloigné. Guingamp, en revanche se retrouve désormais dans le même cluster que ces derniers.

Pour le reste, je vous laisse interpréter ce qui peut être interprétable !

Le profil d’Erwin Zelazny

Erwin Zelazny est la première recrue caennaise de cet été 2018.

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Agé de 26 ans et issu du centre de formation du FC Nantes où il n’a jamais pu s’imposer, Zelazny s’est révélé sur le tard puisque c’est seulement depuis janvier qu’il a pu montrer tout son savoir faire en poussant sur la banc Mamadou Samassa. Il a ainsi enchaîné 17 matchs de ligue 1, une première pour lui, mais sans pour autant permettre à Troyes d’éviter la relégation.

Arrivé en juillet 2016, il n’avait participé qu’à une seule rencontre lors de la saison de la (re)montée des troyens en ligue 1. Après une énième défaite face à Angers, il est propulsé titulaire pour la réception de Lille le le 20 janvier 2018. Après la victoire obtenue face à un Losc version Galtier, Jean-Louis Garcia continuera de lui faire confiance pour le reste de la saison. Bilan : 3 victoires, 3 nuls et 11 défaites, 3 clean sheet et une 19ème place. A titre de comparaison, avec Samassa, le bilan Troyen s’élevait à 6 victoires, 3 nuls et 12 défaites.

Au sein d’un collectif très friable, Zelazny aura été cherché 28 fois le ballon au fonds de ses filets soit 1,6 fois par match…

Afin de le comparer avec les autres gardiens de ligue 1, ci-dessous la matrice croisant le nombre de frappes cadrées subies versus le taux d’arrêt :

Matrice Zelazny

Zelazny n’est pas très bien placé avec 5,4 tirs cadrés subis et un % d’arrêts de 63%. A titre de comparaison, Vercoutre termine sa saison avec un % de 66 % pour 3,9 tirs cadrés subis. Zelazny a sans surprise était très exposé tout au long de la saison au sein de la 15ème défense de ligue 1.

Pour tenter de neutraliser cette exposition et objectiver sa performance, intéressons-nous aux expected goals subis. L’ex-gardien de Troyes aurait dû encaisser 25,11 buts soit un écart défavorable de 2,89 buts. Le classement depuis le 20 janvier est le suivant :

classement xga

Même si l’écart est défavorable, Zelazny est positionné dans le milieu de tableau, ce qui est une bonne chose. On retrouve au premier rang, l’ASSE et la surperformance de Ruffier. Quant à Malherbe et Rémy Vercoutre, il se classe 18ème de cette fin de championnat…

Alors qu’il aurait pu surfer sur sa fin de saison et continuer à occuper le but troyen en Ligue 2, Zelazny a préféré partir et (tenter de) regouter à la ligue 1 dans un effectif où il viendra assurément installer une concurrence avec Brice Samba pour le poste de numéro 1 la saison prochaine.

Derrière Brice Samba ? En tout cas, Erwin Zelazny est premier au nombre de matchs en ligue 1. A surveiller donc.

Amiens 3 – Caen 0, l’analyse du match, pas du score

Les matchs se suivent et se ressemblent pour le Stade Malherbe de Caen. Angers, Montpellier, Amiens et un même fil conducteur lors des trois dernières rencontres : Caen se saborde très rapidement avec un match plié en moins de 30 minutes.

Après le match de samedi, Caen n’a remporté qu’un seul de ses 12 derniers déplacements en restant muet à 9 reprises.

Les plans de jeu

Si le match opposait les deux équipes de ligue 1 affichant les plus faibles pourcentages de tirs cadrés en ligue 1, il opposait également les 2 équipes aux plus faibles pourcentages de passes réussies : 73,7% de passes réussies pour Amiens et 74,4% pour Caen.

Ce déchet s’explique par le jeu direct pratiqué par les deux équipes : Caen tente en moyenne 367 passes par match (dernier de ligue 1) pour une possession de 46,4% contre 376 passes et 46% de possession pour Amiens. Leur temps de possession est très court et le nombre de possessions par match est très important :

poss.png

Caen use en revanche de beaucoup plus de ballons aériens que son adversaire picard, et cela s’est vérifié samedi soir avec 52 ballons joués de la tête pour Malherbe contre 25 pour Amiens. Le profil d’Ivan Santini impose une animation offensive tournée résolument vers le jeu aérien et les seconds ballons depuis maintenant deux saisons.

Mais la trop faible projection des milieux caennais cette saison empêche une animation offensive plus performante (dernière attaque de ligue 1). Ces derniers matchs, la titularisation de Peeters semblait redondante avec celle de Féret : des relanceurs-passeurs sans grande mobilité (box to box) et n’amenant pas de supériorité numérique. Le manque de présence des milieux dans la surface est une faiblesse trop souvent vue lors des centres caennais.

L’absence de mobilité sans ballons est également combinée à une absence de mobilité avec ballons. Malherbe n’a pas de joueurs capables de porter le danger avec le ballon et de jouer des 1v1. Les joueurs caennais dribblent seulement 13,1 fois durant un match (dernier de ligue 1).

Ces lacunes expliquent à mon sens les difficultés de l’animation offensive inscrite dans des principes de jeux où les joueurs caennais défendent bas et jouent la transition. Si lors de la saison 2014/15, la transition offensive caennaise était redoutable, c’était en grande partie liée à la mobilité et la projection de ces milieux. En 2014/15, Caen était quatrième meilleure attaque de ligue 1 avec un pouvoir d’élimination bien plus grand : 19,4 dribbles par match (quatrième de ligue 1).

Le match

Alors que la possession est amiénoise durant les 20 premières minutes (56%), les picards restent très prudents avec un circuit de passes dans leur tiers défensif contrairement aux caennais qui sont positionnés de manière médian :

circuit.png

On remarque la différence d’homogénéité dans les circuits avec un jeu amiénois mieux réparti sur la largeur alors que les passes caennaises se concentrent une fois de plus côté gauche avec notamment Bessat combinant avec Djiku et Deminguet. Le couloir droit a de nouveau été déserté durant toute la rencontre : 44% des ballons ont été joué côté gauche contre 30% côté droit.

Lorsque le ballon s’aventurait côté droit, on a souvent vu un renversement de jeu vers le côté gauche par manque de solutions côté droit. D’ailleurs le ballon perdu par Guilbert amenant le premier but amiénois est causé par l’absence de propositions données au porteur de balle.

Le positionnement moyen des joueurs caennais lors de la première période montre cette asymétrie :

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Durant ce début de match, Caen a trop usé de verticalité avec des passes horizontales collées à la ligne de touche gauche. On a observé une trop faible densité pour jouer les seconds ballons et une absence d’homme libre pour les troisièmes ballons.

L’absence d’Ait Bennasser est préjudiciable dans le jeu avec ballon car c’était lui qui endossait le rôle de premier relanceur en fluidifiant le jeu. En son absence, Julien Féret endosse ce rôle et se retrouve éloigné des seconds et troisième ballons.

Amiens a été très prudent durant ce début de match et a aspiré les caennais pour jouer sur leur point fort : la transition. A la 19ème minute, alors que les caennais bénéficient d’un coup franc, c’est Julien Féret qui effectue une passe latérale vers Sankoh (photo1). Sankoh court avec le ballon latéralement vers le côté droit (photo 2) et transmet à Guilbert. Guilbert élimine un adversaire (photo 3). Remarquez l’absence de propositions au porteur de balle (photo 4). Il n’a alors qu’un seul choix de passe : centrer alors qu’il est très éloigné de la ligne de but (le pourcentage de réussite est très faible dans ce cas). Il décide de jouer le 1v1 et le perd. Dès lors, c’est le basculement vers l’attaque pour les amiénois (photo 5). Alors que les joueurs caennais peinent à placer des joueurs dans la surface dans ces moments comparables, Amiens va être capable de positionner 4 joueurs dans la surface caennaise et marquer (photo 6). La différence de mobilité entre les deux équipes est criante.

1er but.png

Amiens, comme Montpellier, comme Angers… a une cartouche indispensable pour jouer la transition : la mobilité. Ce que Malherbe ne dispose pas ou plus du fait de passes qui parcourent trop de distance et de facto un temps de passes trop court incompatible avec la mobilité. La distance parcourue par les passes caennaises est en moyenne de 21 mètres (plus longue distance derrière Metz). En réduisant la distance des passes, Caen amènera de la densité près du porteur. Un problème d’espace et de temps comme toujours dans le football.

Il est injuste de taper sur les doigts de la défense caennaise sur ce premier but car c’est notre animation offensive qui a permis quelques secondes plus tard un centre adverse joué à égalité numérique. Amiens a parfaitement profité du déséquilibre caennais.

Sur le second but encaissé, Romain Genevois a évoqué un copier-coller du premier but montpellierain au micro de BeIn. Comme dimanche dernier, la densité axiale caennaise est court-circuitée de nouveau. Cette fois par un ballon long joué vers l’attaquant de fixation picard. Djiku perd son duel aérien. Sankoh-Deminguet sont en retard pour jouer le second ballon. La frappe de Monconduit se transforme en passe décisive pour Gakpé.

 

 

 

Et comme dimanche, le match est plié en trente minutes. Amiens recule et laisse l’initiative à Malherbe. 58% de possession durant la dernière heure de jeu. Comme face à Montepellier, coach Garande change de système et de joueurs mais le mal est fait.

Pire, Malherbe encaisse un troisième but sur une belle action initiée par Kakuta.

Caen va se créer des situations en fin de match, mais les problèmes de finition perdurent. Kouakou et Santini manquent de réalisme. 1,46 expected goals samedi pour 0 but inscrit ! 14,66 buts sont manquants cette année. Depuis le recensement de cette stat (saison 2014/2015), personne n’a fait pire.

Bref, les matchs se suivent et se ressemblent. Je vais bientôt pouvoir faire des copier-coller de mes analyses 😉.

Sources : 
SofaScore // understat // whoscored //cotestats.fr

 

Angers 3 – Caen 0, l’analyse du match, pas du score

Après le match de samedi, Caen reste donc la proie favorite d’Angers avec 88% de victoires : 7 victoires et 1 nul. Angers a marqué au moins 2 buts lors de 7 des 8 rencontres face à Caen en ligue 1.

Mais le score n’est qu’un élément du match. Et même si la défaite fait mal, on aurait tort de tourner la page trop rapidement et de profiter de la trêve car j’ai trouvé des éléments intéressants d’analyse.

Les plans de jeu

Beaucoup auront remarqué les similitudes hors du terrain entre les deux équipes avant le match : des présidents qui ont des traits communs et qui s’apprécient, des organigrammes similaires, la même gestion de crise…

Et ils existent également des similitudes dans la philosophie de jeu : un bloc bas qui joue la transition.

Angers et Caen laissent l’initiative du jeu à l’adversaire avec 45,3% de possession et 46,1% depuis le début de la saison et ils misent sur une projection rapide vers l’avant à la récupération du ballon. Caen a néanmoins un jeu plus direct qu’Angers : 368 passes en moyenne par match soit un ratio passes/possession de 798 alors que les angevins réalisent 392 passes en moyenne soit un ratio de 850. Le temps de possession caennais est plus court et le nombre de passes consécutives est plus faible.

Le jeu de transition angevin est néanmoins plus efficace : 26,03 expected goals dans le jeu contre 20,41 pour les malherbistes.

La conversion d’occasions créées sur coup de pied arrêtées est devenue la marque de fabrique du SCO depuis plusieurs saisons : 10 buts sur coup de pieds arrêtés (6 sur corners et 4 sur CPA indirects) depuis le début de la saison soit 50% des buts angevins (hors penalty) !

Une philosophie de jeu identique pour deux coachs affichant une des plus grandes longévités en Europe.

Samedi soit, Stéphane Moulin a reconduit son 1-4-1-4-1. Il est clair que ce système a la cote lorsque l’on veut développer une identité de jeu faite de verticalité car ce système a déjà été vu avec le Toulouse de Casanova puis le Sm Caen de Garande en 2015 notamment.

Patrice Garande, lui, reconduisait un 1-3-5-2. C’est la 7ème fois en 8 rencontres que l’on observe ce système. On aurait pu imaginer un retour à une défense à 4 avec le retour de blessure de Damien Da Silva. Mais l’impossibilité de titulariser un latéral gauche de métier a poussé le technicien à reconduire une défense avec trois axiaux : Djiku axe gauche, Diomandé axe central et Da Silva axe droit. Au milieu, le triangle était un triangle à pointe basse avec Bennasser en sentinelle.

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Côté Angevin, depuis le départ de Crivelli, Toko Ekambi est systématiquement titularisé en pointe. Il serait étonnant de ne pas le voir quitter le SCO cet été au regard de ces performances : 16 buts et 5 passes décisives. Il est le meilleur buteur camerounais sur une saison depuis Vincent Aboubakar en 2013/14 (16 buts avec Lorient).

Angers a le chic pour dénicher des joueurs à potentiel et les faire progresser : Famara Diédhiou hier, Karl Toko Ekambi aujourd’hui.

Le triangle des milieux axiaux était composé de Santamaria-Oniangué-Mangani, Santamaria étant le sentinelle devant la défense. Sur les côtés Reine-Adélaïde et Tait étaient titularisés. Tait, droitier sur le couloir gauche a posé d’énorme problème en privilégiant quasiment systématiquement la diagonale vers l’intérieur.

Cette construction du jeu où les milieux excentrés repiquent vers l’intérieur est d’ailleurs une grosse différence avec l’animation caennaise. Car à Caen, on constate une construction en U vers l’extérieur sans pénétration axiale car on privilégie les centres. Rappelez-vous cette image lors de la réception de Lille début janvier :

Ainsi Caen réalise en moyenne 25,5 centres par match, 1er en ligue 1. Angers centre 17,1 fois en moyenne, 15ème de ligue 1.

Le match

Le fait marquant du match est arrivé hélas trop rapidement pour les caennais et a cassé leur plan de jeu.

On minimalise trop souvent l’enjeu des touches. Mais ce que l’on peut considérer comme un détail n’en est pas un. Dans les clubs professionnels, les touches sont travaillées comme de vrais lancers de jeux avec des mécaniques précises comme peut l’être un corner. Et il est certain que les joueurs angevins ont travaillé ce secteur de jeu.

Dans les dix premières minutes, Angers va obtenir 9 touches dont 6 dans les 30 derniers mètres. Résultat de ces dernières : 2 touches obtenues, une touche longue transformée en centre dans la surface et un missile en lucarne.

On est à la 11ème minute avec une touche pour les angevins à 5 mètres du poteau de corner côté gauche.

but tait2

Comme indiqué plus haut, le choix de positionné Tait en faux pied couloir gauche a terriblement gêné la défense caennaise. Sur le premier but, c’est la combinaison de Toko Ekambi et Tait qui fait la différence. Tous les deux droitiers, leur protection de balle et leur conduite de balle ont permis d’éloigner leurs adversaires et viser le but.

La coordination des mouvements de Guilbert-Da Silva-Peeters-Repas n’est pas bonne. 4 caennais contre 2 angevins. Ils vont tous se jeter sur le porteur de balle Ekambi. A posteriori, le choix de Peeters d’abandonner Tait n’est pas un bon choix. Une fois le ballon transmis au futur buteur angevin, Féret est trop éloigné et intervient tardivement et timidement. 1 zéro.

Le mal était fait. Une fois cette avantage pris, Angers s’est replié et à jouer la transition comme attendu. Le SCO a attendu patiemment, a joué très direct une fois l’avantage pris. Alors que le bloc caennais était positionné haut sur le terrain à la 43ème minute, suite à une mauvaise relance de Rémy Vercoutre, un duel aérien est perdu au milieu de terrain et offre une situation de 3×2 aux angevins. Tait trouve Ekambi lancé. Deux zéros. Angers a piégé Caen à son propre jeu et a attendu une erreur caennaise pour jouer une transition rapide et marquer.

but ekambi.png

Alors que Caen avait laissé l’initiative du jeu aux angevins (64,7% de possession durant les dix premières minutes), il a été condamné à faire le jeu et ce n’est clairement pas son fort : 63,6 % de possession pour Caen lors des 80 dernières minutes.

Le SMC s’est cassé le nez durant le reste de la rencontre face à un bloc équipe dense qui a fermé les espaces. Les joueurs caennais ont été incapable de franchir la première ligne de pressing des milieux.

passing network.png

L’absence de circuit de jeu intérieur est mis en exergue par le passing network ci-dessus. 383 passes ont été complétées côté caennais dont 252 dans le tiers central soit 66%. Seulement 76 passes ont été réussis dans le dernier tiers adverse. Santini et Repas (première titularisation depuis le 16 décembre) n’ont pas été capable de se situer entre les lignes et de proposer des solutions aux milieux caennais.

Peeters a été étrangement invisible : 26 ballons touchés pour 16 passes réussies :

peeters

Stef Peeters a du mal a confirmé les bonnes choses entrevues en janvier et début février. Son match de référence reste celui de Guingamp mais il doit confirmer dans la durée. Sa qualité de passe sur les coups de pieds arrêtés ne peut suffire à justifier une titularisation.

Le jeu a penché côté gauche : 44,8% des ballons touchés. Face à la menace Tait et Ekambi dé-zonant, ou même Mangani, Frédéric Guilbert s’est très peu montré et a été très prudent. Vincent Bessat a été plus offensif mais trop inoffensif. Ait Bennasser l’a par exemple souvent trouvé sur des passes longues. Hélas ces situations n’ont pu être exploitées.

A l’heure de jeu, le coach caennais passait en 1-4-3-3 avec les entrées simultanées de Timo Stavitski et Hervé Bazile sans aucun effet sur l’attaque. Pis, elle encaissait un troisième but à la 74ème.

but fulgini.png

Conclusion

Malherbe termine la rencontre avec 0,57 expected goals dont 0,18 xG dans le jeu seulement. L’occasion la plus dangereuse est la tête de Djiku à la 81ème minute sur un coup franc de Féret. Angers s’est créé 1,74 expected goals, Rémy Vercoutre n’a hélas pas pu performer même s’il termine la rencontre avec 3 arrêts.

xg

Il serait injuste de dire que les joueurs caennais ont manqué d’envie samedi soir. Le nombre d’actions défensives (50) et le nombre de duels gagnés (62/102) sont élevés.

La mécanique du match a de nouveau révélé les limites de l’identité de jeu caennaise : Malherbe est incapable de se procurer des situations de buts en ayant l’initiative du jeu. Cette équipe est structurée pour bien se replier, récupérer le ballon et jouer rapidement la transition. Elle ne sait pas faire autrement.

 

Le Stade Malherbe de Midtjylland

Le club danois du FC Midtjylland est un club novateur où la data est intégré aux processus de décisions notamment dans le cadre des recrutements. Les statistiques individuelles des joueurs prospectés sont étudiées au moment du pré-recrutement où le recruitment analyst du club va scanner le marché à partir d’un profil déf…

La suite de l’article ▶️ http://www.wearemalherbe.fr/2018/03/15/stade-malherbe-de-midtjylland/

@Dijon, no intensity, no victory

Pas de longue analyse pour cette fois-ci contrairement au match face à Rennes. La faible prestation d’hier m’a beaucoup moins inspiré.

Il faut dire que les joueurs caennais sont complètement passés à travers leur rencontre laissant les dijonnais invaincus à domicile depuis maintenant 9 rencontres : 8 victoires et 1 nul. Il s’agit de leur meilleure spirale à la maison de leur histoire.

Les plans de jeu

Le jeu direct caennais impose aux protagonistes à disputer un nombre de duels importants durant un match. L’entraîneur dijonais Dall’Oglio s’attendait donc à un âpre combat : « Il faudra garder la solidité et être vigilants sur les duels et les seconds ballons. Il faudra s’appuyer sur une bonne défense et être créatifs devant. »

Il opta pour un système de jeu pas encore vu cette saison : un 1-3-5-2. L’entraineur bourguignon justifia ce choix par deux facteurs : les absences et le fait que Caen évolue déjà dans ce schéma.

En effet, Patrice Garande a reconduit le 1-3-5-2 déjà vu face à Rennes avec pourtant une modification importante : un triangle au milieu à pointe haute : Féret-Peeters-Rodelin. Vu le résultat final, l’absence d’un profil défensif tel que Baissama Sankoh laisse peut-être entrevoir un manque de cohérence dans ce choix car les milieux titulaires ont clairement manqué d’impact.

Un faible impact défensif

Le projet de jeu caennais s’appuie sur un défi physique imposé à l’adversaire. Mais les joueurs caennais sont passés complètement au travers ce défi et ce sont les dijonnais qui ont remporté ce défi et donc le match.

Dijon a gagné 70 duels contre 56 pour Caen. Malherbe s’est fait punir sur son propre point fort. Les duels par joueurs :

duels caennais.png

Julio Tavares a imposé sa force athlétique à la charnière centrale caennaise notamment face à Damien Da Silva : 15/25 pour Tavares et 2/8 pour Da Silva. Le défenseur caennais s’est clairement fait bouger comme rarement cette saison. En moyenne, il gagne 4,9 duels par match soit 60% et non 25% comme samedi soir.

Une défaite qui sonne comme un rappel à l’ordre : on ne peut pas imposer un plan de jeu basé sur le défi physique si on ne gagne pas ses duels.

Une prestation insipide donc où très peu d’enseignements peuvent être tirés.

Je retiendrai tout de même que la complémentarité Crivelli-Santini tarde à apparaître comme une évidence. Si Caen a besoin d’un point de fixation avec un joueur pivot, est-ce cohérent d’en aligner deux ?