Dans le dernier livre édité par Vestiaires intitulé « Les Systèmes de jeu », 9 dispositifs sont décrits et analysés abordant l’organisation générale, les animations spécifiques, les profils, les problématiques ou encore des pistes de réflexion afin de guider l’entraîneur de football.
Il est difficile de juger du système déployé sous nos yeux au cours d’un match. La part de subjectivité est grande au moment de qualifier et dénombrer le dispositif tactique surtout que selon la phase de jeu, des modulations peuvent apparaître : de 4 défenseurs, passage à trois axiaux avec ballon par exemple, ce qui complique la tâche.
C’est un vrai sujet pour les producteurs de données dont les analystes sont formés pour adopter un référentiel d’observation commun. Ainsi, au moment d’analyser un match, les fournisseurs de data vont saisir les événements des matchs à quatre yeux afin de limiter d’éventuels biais subjectifs y compris au moment de dénombrer l’occupation de l’espace par les joueurs.
Après avoir dévoré le dernier livre de Vestiaires, j’ai voulu confronter ma lecture avec la vérité des chiffres. La suite de cet article vise à répondre aux questions suivantes :
- Quels systèmes sont les plus répandus ?
- Quelles sont les tendances des cinq dernières années ?
- Quelles performances sont obtenues selon les systèmes
- Pour quoi faire ?
- Qui les utilise ?
- Quelles performances selon les systèmes affrontés ?
Pour y parvenir, j’ai pu accéder, compiler et synthétiser la quasi-totalité des systèmes de jeu mis en place au coup de sifflet d’envoi en ligue 1 depuis la saison 2015/16 soit 3 584 systèmes pour 1 792 matchs (7 matchs me sont manquants).
Un échantillon suffisamment large pour révéler quelques observations qui ne me semblent pas anodines. A vous de juger.
A noter qu’il s’agit des systèmes observés au coup de sifflet d’envoi ce qui est un biais pour la suite de cet article. Même si les dispositifs analysés ont été maintenus en moyenne 74 minutes au cours des matchs, cela introduit un biais notamment au moment d’évaluer la performance du dispositif car le système de départ n’est pas forcément celui du coup de sifflet final.
Les systèmes utilisés :
Selon le jeu de données compilé, 16 systèmes au total ont été utilisé par les coachs de ligue 1 ces 5 dernières saisons :
- 4-3-3 pointe basse
- 4-2-3-1
- 4-4-2 à plat
- 4-4-2 losange
- 4-1-4-1
- 3-4-3
- 3-5-2
- 4-3-3 pointe haute
- 4-3-2-1
- 3-3-3-1
- 3-5-1-1
- 5-4-1
- 4-2-2-2
- 4-3-1-2
- 4-5-1
- 3-4-2-1
Les 9 premiers systèmes de cette liste sont compris dans le recueil de Vestiaire sorti en janvier dernier. Les 7 derniers ne le sont pas.
Quels systèmes sont les plus répandus ? Quelles sont les tendances des cinq dernières années ?

Les systèmes à quatre défenseurs sont les plus répandus.
Néanmoins le choix d’une défense à trois axiaux est de plus en plus répandu avec 80% des systèmes en L1 en 2019/20. L’utilisation d’une défense à trois axiaux a triplé en 5 ans en ligue 1 avec un boom en 2018/19 : 25% des systèmes.
Déclinaison par systèmes

Le système le plus utilisé est le 4-2-3-1 avec 24,5% des dispositifs.
Ce dispositif vient largement en tête de ce classement avec 7 point d’avance sur un trio composé du 4-4-2 à plat, du 4-1-4-1 et du 4-3-3 pointe basse.
Si le 4-2-3-1 a été le plus utilisé sur ces 5 dernières années, il est intéressant de noter que ce dernier n’est plus le système préféré en 2019/20. En effet le 4-4-2 à plat est désormais privilégié.
Le 4-1-4-1 est également au fur et à mesure des années de plus en plus choisi.
En revanche le 4-3-3 pointe basse est de moins en moins choisi alors qu’il était le système le plus choisi en 2016/17.
Le 3-5-2, très peu utilisé jusqu’en 2018, est désormais le troisième le plus utilisé par les coachs de ligue 1.
Quelles performances sont obtenues selon les systèmes ?
Pour juger de la performance obtenue, je me suis intéressé aux expected goals car ils illustrent la réelle performance de l’équipe contrairement au résultat. Pour rappel, les expected goals mesurent la probabilité de marquer suite à tir, selon la situation de ce dernier.
J’ai donc compilé pour chaque dispositif les expected goals inscrits, les expected goals subis et les expected points autrement dit les buts inscrits attendus, les buts encaissés attendus et le nombre de points attendus par match.

Les dispositifs ayant permis d’engranger un maximum de points par match sont au cours des 5 dernières années en ligue 1 sont par ordre décroissant :
- Le 4-2-2-2 (attention il n’a été utilisé que 4 fois)
- Le 4-3-3 pointe basse
- Le 4-4-2 losange
- Le 3-4-3
- Le 4-3-1-2
- Le 4-4-2 à plat
- Le 4-2-3-1
- Le 3-4-2-1
Les dispositifs les moins productifs en points par match sont au cours des 5 dernières années en ligue 1 par ordre croissant :
- Le 4-3-3 pointe haute
- Le 3-3-3-1
- Le 5-4-1
- Le 4-5—1
- Le 3-5-1-1
- Le 4-3-2-1
- Le 4-1-4-1
- Le 3-5-2
Attention, le tableau ci-dessus ne signifie pas que tous les entraîneurs de ligue 1 doivent se ruer sur le 4-2-2-2 ou le 4-3-3 pointe basse. En fonction des effectifs à disposition et des profils, il est toujours entendu que le dispositif doit être adapté aux joueurs à disposition et au projet de jeu choisi.
Néanmoins le tableau ci-dessus pose des faits : par exemple le 4-1-4-1 est beaucoup moins performant que le 4-4-2 à plat ou le 4-2-3-1 en ligue 1 sur les 5 dernières années.
La problématique sous-jacente à la publication de ces résultats : Est-ce que certains dispositifs sont surutilisés au regard des performances obtenues et inversement, Est-ce que certains dispositifs sont sous-utilisés à tort ?
Le rapport entre points attendus et nombre d’apparitions des systèmes ci-dessous nous aidera à y voir plus clair :

Les systèmes sous-utilisés à tort :
- Le 4-2-2-2 (attention échantillon faible)
- Le 4-4-2 losange (attention échantillon faible)
- Le 3-4-3
- Le 4-3-1-2
- Le 3-4-2-1
Les systèmes surutilisés à tort :
- Le 4-3-3 pointe haute (attention échantillon faible)
- Le 3-3-3-1 (attention échantillon faible)
- Le 5-4-1
- Le 3-5-1-1 (attention échantillon faible)
- Le 4-5-1
- Le 4-3-2-1 (attention échantillon faible)
- Le 3-5-2
- Le 4-1-4-1
Pourquoi faire ?
Le tableau ci-dessus vise à décrire les statistiques saillantes par dispositif. Cette fois-ci, la présentation des dispositifs n’est pas par ordre décroissant d’utilisation mais par ordre décroissant des performances :

Il est intéressant de constater que les dispositifs expansifs (dont la possession de balle est importante) ont un rendement de points attendus supérieurs aux dispositifs réactifs (dont la possession de balle est inférieur à 50%). C’est à dire, si je cherche à être performant, je cherche à tenir le ballon.
Seul le 4-4-2 à plat tire son épingle du jeu parmi les dispositifs réactifs avec une possession moyenne de 48,6% et un nombre de points attendus de 1,29 pt.
Autrement dit, je cherche à tenir le ballon, je choisis soit : le 4-2-2-2, le 4-3-3 pointe basse, le 4-4-2 losange, le 3-4-3, le 4-3-1-2 le 4-2-3-1 ou le 3-4-2-1. La faible utilisation du 4-3-3 pointe basse ces deux dernières saisons est une incohérence au regard de ces données. Au plus fort de son utilisation, en 2016/17, il permettait de se créer 1,7 xG par matchs contre 1,07 xG concédés. Un futur retour en grâce ?
A l’opposé, si je ne cherche pas à tenir le ballon, j’opte pour le 4-4-2 à plat. Pour rappel, le 4-4-2 à plat est le système le plus utilisé en ligue 1 cette saison. En revanche le 4-1-4-1, 3-5-2 et le 4-5-1 sont de mauvais choix.
Qui l’utilise ? Contre quel système ?
Le 4-2-2-2
Un seul club l’a utilisé. Il s’agit du fameux 4-4-2 du PSG considéré comme un 4-2-2-2 avec la présence des 4 fantastiques (Di Maria-Neymar-Mbappé-Icardi ou Sarabia). Le PSG l’a utilisé 4 fois cette saison : 2019-08-25, PSG – Toulouse 4:0, 2020-01-15 Monaco – PSG 1:4, 2020-02-01 PSG – Montpellier 5:0, 2020-02-04 Nantes – PSG 1:2. Des résultats probants avec des scores larges donc mais valable pour un effectif world class.
Le 4-3-3 pointe basse
On retrouve les habitués du haut du classement dans cette catégorie avec PSG, Bordeaux, Nice, Olympique Lyonnais, Olympique Marseille. L’animation de ce dispositif suppose des profils particuliers et dominants dans leurs domaines. Est-ce que cela signifie que seuls les grands clubs peuvent y prétendre ?
Angers en 2015/16 et 2016/17 l’a utilisé par exemple fort a propos ou Nantes en 2018/19…
En revanche, Dijon a eu d’énormes difficultés a l’animé lors de la saison 2018/19 sous Olivier Dall’Oglio ou même en 2016/17.
Le 4-3-3 s’est révélé moins performant en effet miroir face à un autre 4-3-3.
Le 4-4-2 losange
Trop peu d’échantillons sur ce dispositif. La dernière fois, qu’un coach de ligue 1 l’a utilisé plus d’une mi-temps, c’était Thierry Laurey en octobre dernier avec Strasbourg face à Nice avec un losange composé de Bellegarde en pointe basse, Liénard et Fofana excentré et Thomasson en n°10.
Le 3-4-3
Peu utilisé ces cinq dernières années, il donne régulièrement satisfaction.
En revanche cette saison, St Etienne l’a utilisé déjà 7 fois cette saison pour des résultats décevants : 3 V, 1 N, 4 D avec une utilisation peut-être à contre-emploi (jeu réactif avec 46% de possession).
Il prend régulièrement le dessus sur des défenses à trois axiaux ou le 4-4-2.
Il est en revanche en difficulté face au 4-2-3-1, 4-3-3 et 4-1-4-1.
Le 4-3-1-2
Alors qu’il était en vogue en 2015/16 avec notamment Nice et Lyon comme disciples, peu l’utilise aujourd’hui hormis Strasbourg cette saison.
A éviter face au 4-1-4-1, 4-3-3 et 4-4-2.
Le 4-4-2 à plat
Grand succès de la ligue 1 cette saison, l’adopter n’est pourtant pas gage de réussite. Si le 4-4-2 lillois, monégasque ou rennais fonctionne bien, celui de Brest, Nîmes, Amiens, Toulouse ou Nice n’a pas été aussi performant.
Très fort face au défense à trois axiaux ce qui explique qu’il a le vent au poupe puisque de nombreuses équipes choisissent une défense à trois axiaux cette saison.
Le 4-2-3-1
Reims est un grand fan de ce système pour des résultats très corrects depuis sa montée. Beaucoup d’autres clubs l’ont utilisés pour des résultats médiocres comme Amiens, Nantes ou Caen l’an passé.
Fort face au 4-1-4-1 et aux défenses à trois axiaux. En difficulté face au 4-2-3-1, 4-4-2, 4-3-3 et 4-3-1-2.
Le 3-4-2-1
Bordeaux est la seule équipe a l’utilisé fréquemment avec des résultats passables sous Paulo Sousa. En difficulté face au 4-4-2.
Le 4-1-4-1
Très gros succès chez les clubs de L1 mais pour des performances décevantes. Angers (depuis très longtemps) et Marseille cette saison sont les seules équipes a véritablement tirer toute la quintessence de ce système.
Caen, Toulouse, Dijon, Metz, Troyes, Lorient ont tous pendant de nombreux matchs adoptés ce système pour des échecs et des descentes en L2 (pas tout à fait pour Toulouse).
Lorsque le SCO, l’utilise, il obtient ses meilleurs performances face à des dispositifs en 4-2-3-1 ou en 4-4-2.
Le 3-5-2
Les performances du 3-5-2 ne sont pas bonnes. Cette saison, l’utilisation faite par Monaco est une éclaircie. Mais son utilisation faite par Rennes en août et septembre dernier sont un contre-exemple.
Le 3-5-2 fonctionne correctement face au 4-2-3-1. Il est en difficulté face au 4-3-3.
Le 4-3-2-1
Très peu utilisé. Bastia l’a longtemps utilisé en 2016/17 pour un très faible rendement.
Le 4-5-1
Ni trop fort, ni trop faible. Le 4-5-1 permet d’obtenir des performances corrects sans excès.
Rennes l’a souvent utilisé avant l’arrivée de Julien Stéphan pour des résultats moyens. Nantes l’a utilisé a meilleur escient la saison passée.
Amiens, Dijon, Caen n’ont pas su le dompter en revanche ces dernières années.
Le 3-5-1-1
Trop peu utilisé pour en tirer des conclusions.
Le 5-4-1
A éviter : Caen en 2016/17 ou Toulouse en 2018/19.
Peu efficace face au 4-4-2 ou le 4-3-3. Plus intéressant face au 4-2-3-1.
Le 3-3-3-1
Le Lille de Bielsa.
Le 4-3-3 pointe haute
Pas vu depuis Dijon Nantes en octobre 2018 avec Olivier Dall’Oglio à la baguette.
Tableau récapitulatif

Ce qu’il faut retenir :
Les systèmes à quatre défenseurs sont les plus répandus.
Le choix d’une défense à trois axiaux est de plus en plus répandu
Ces cinq dernières années, le système le plus utilisé est le 4-2-3-1
Le système préféré cette saison en L1 est le 4-4-2 à plat
Le 4-1-4-1 est également au fur et à mesure des années de plus en plus choisi.
Le 4-3-3 pointe basse est de moins en moins choisi alors qu’il était le système le plus privilégié en 2016/17.
Le 3-5-2, très peu utilisé jusqu’en 2018, est désormais le troisième le plus utilisé par les coachs de ligue 1.
Les dispositifs ayant permis d’engranger un maximum de points par match sont au cours des 5 dernières années en ligue 1 sont par ordre décroissant :
- Le 4-2-2-2 (attention il n’a été utilisé que 4 fois)
- Le 4-3-3 pointe basse
- Le 4-4-2 losange
Les dispositifs les moins productifs en points par match sont au cours des 5 dernières années en ligue 1 par ordre croissant :
- Le 4-3-3 pointe haute
- Le 3-3-3-1
- Le 5-4-1
Les dispositifs sous utilisés à tort :
- Le 4-2-2-2 (attention échantillon faible)
- Le 4-4-2 losange (attention échantillon faible)
- Le 3-4-3
- Le 4-3-1-2
- Le 3-4-2-1
Les dispositifs sur utilisés à tort :
- Le 4-3-3 pointe haute (attention échantillon faible)
- Le 3-3-3-1 (attention échantillon faible)
- Le 5-4-1
- Le 3-5-1-1 (attention échantillon faible)
- Le 4-5-1
- Le 4-3-2-1 (attention échantillon faible)
- Le 3-5-2
- Le 4-1-4-1
Il est intéressant de constater que les dispositifs expansifs (dont la possession de balle est importante) ont un rendement de points attendus supérieurs aux dispositifs réactifs (dont la possession de balle est inférieur à 50%). C’est à dire : si je cherche à être performant, je cherche à tenir le ballon.
A l’opposé, si je ne cherche pas à tenir le ballon, j’opte pour le 4-4-2 à plat.
Le 4-1-4-1 n’est pas à privilégier sauf si je suis le SCO d’Angers.
Le 4-4-2 à plat est très performant face aux défenses à trois axiaux ce qui explique sa forte utilisation cette saison étant donné le grand nombre d’équipes évoluant en 3-5-2.
Toutes les solutions ne valent pas. En fonction du projet de jeu ou de l’effectif à disposition, des inadéquations peuvent exister si le mauvais dispositif est choisi. Il est important de cerner le champ des possibles pour optimiser la performance de l’équipe.
En ce sens, j’espère que cet article vous aura été utile.